Il y a un instant précis ou le film se resserre et ou le monde exterieur s’efface. Plus de repères, plus de mouvement possible, juste le souffle et les battements du coeur, amplifiés par le silence imposé. La momification est une des pratiques les plus radicales de l’abandon : le corps entier devient offrande, immobile, à la merci du regard qui l’observe.
Dans la pénombre d’un lieu transformé en sanctuaire, agenouillé, entravé, enveloppé jusqu’au cou, le sujet perd toute prise sur son environnement. C’est précisement cette perte de contrôle qui ouvre une porte : sans stimuli visuels, sans liberté de mouvement, l’esprit se retourne vers l’interieur. On appelle cela la privation sensorielle, et ses effets sont vertigineux, le temps se dilate, les sensations les plus infimes prennent une ampleur inattendue.
C’est une pratique qui exige une confiance absolue. Celle qui orchestre la scène devient la seule ancre du sujet immobilisé : sa voix, sa présence, ses mains sont les seuls repères qui subsistent. Ce déséquilibre délibéré, ou l’un dépend entièrement de l’autre, est au coeur de l’intensité de cette expérience.
Chaque séance de momification est une plongée contrôlée dans le vide sensoriel, un exercice de lâcher-prise pousse a son paroxysme, ou l’on redécouvre, en creux, a quel point notre esprit a besoin de repères, et a quel point il peut s’épanouir quand on les lui retire, un temps.

